mercredi 12 octobre 2016

INTERVIEW | Chris Corner IAMX



IAMX, le projet personnel de Chris Corner qui s'illustra notamment en tant que co-fondateur du groupe de trip hop anglais SNEAKER PIMPS, arriva finalement à terme de Metanoia, une œuvre auto-produite et sixième album du projet. Si Chris Corner aborde des sujets de société comme l'identité sexuelle, la décadence, la religion, la politique ou encore l'aliénation moderne très tôt dans ses œuvres d'IAMX, son sixième album intitulé Metanoia vagabonde romantiquement autour d'expériences plus personnelles et de mésaventures faites de dépression, d'angoisse latente et d'insomnies. Et c'est avec un plaisir partagé que Paris eut l'opportunité de recevoir ce mois un des artistes les plus atypiques et originaux de la scène indépendante anglaise, en toute sincérité.

Le Metanoia tour est actuellement un véritable succès. Utrecht (Luxembourg) et Leipzig (Allemagne) ont affiché guichets fermés et IAMX semble être plutôt connu et relativement bien reçu notamment dans les pays germaniques. Qu'attends-tu de ce concert à Paris ? Ressens-tu une connexion particulière avec Paris ou es-tu ici précisément pour continuer de conquérir le public français ?
Chris : Tout d'abord, nous avons tout de même une relation spéciale avec Paris. Je veux dire, nous sommes déjà venus ici plusieurs fois par le passé. Nous n'avons jamais eu l'opportunité de passer plus souvent par la France mais à chaque fois que nous l'avons fait, ça a été super ! Nous avons joué à Bruxelles pas mal de fois également et je pense que nous ressentons une sorte de connexion particulière avec les pays francophones telle que la Belgique, d'autant plus que les belges ont une mentalité assez similaire à celle des Français et qu'ils ont un vrai goût pour la musique. Cela a toujours été un bon moment en tout cas.

Même en tant qu'artiste de la langue anglaise ?
Chris : Oui, je ne sais pas d'où cela vient exactement mais je pense qu'IAMX emprunte des éléments au monde théâtral qui peuvent culturellement relier le groupe à ses fans, ce qui explique qu'ils peuvent ainsi s'identifier au groupe par la même occasion.

Ce nouvel album semble plus personnel que ces prédécesseurs puisqu'il aborde le sujet de tes expériences malheureuses, ta dépression, tes crises d'angoisse et d'insomnie. Comment perçois-tu les réactions du public ? Les sens-tu perplexes voire perdus dans ton monde si particulier ou semblent-ils, au contraire, te comprendre, prendre part à la chose voire s'identifier à ce que tu as pu vivre ?
Chris : J'ai rencontré un soutien incroyable de la part du public. Tout s'est passé à une période délicate de ma vie, lorsque je luttais avec l'idée d'en parler. Ce n'est habituellement pas bien vu par la société ni confortable pour les gens de parler de ce genre de choses. Mais d'une certaine manière j'ai réalisé qu'il était important pour moi de discuter de ces problèmes, et plus particulièrement dans ce nouvel album.

Pour toi ou pour tes fans ?
Chris : Pour moi avant tout, afin d'être en mesure de résoudre mes problèmes en quelque sorte. Je veux dire... On ne peut réellement guérir de cela mais il s'agit surtout de faire la paix avec ses propres démons. Du coup, dès que je me suis décidé à le faire, j'ai commencé à écrire sur mes expériences et j'ai tout mis en ligne. Des tonnes de personnes sont venues me dire qu'elles étaient elles-mêmes victimes d'expériences similaires. Et leur soutien a été extraordinaire. Je pense que plein de gens se sont sentis presque soulagés que le sujet soit enfin abordé parce qu'il a toujours été présent dans ma musique mais pas si ouvertement, pas de façon si privée et personnelle. C'est génial, cela a ouvert un tout nouveau panel de liens tissés avec mes fans je pense.

Par ailleurs, tu as récemment remplacé ton batteur par Jon Siren (God Module, Psyclon Nine), qui a une façon de jouer très dark, heavy. Tu sembles avoir été attiré par la noirceur pour ce nouvel album et sa tournée. Comment expliques-tu cette préférence et tes motivations pour Siren sur cette tournée ? Avais-tu une idée particulière en tête lorsque tu l'as choisi ?
Chris : Eh bien oui, je pense que je voulais ajouter un peu plus de poids au son live et Jon a véritablement su apporter cette sorte d'énergie heavy aux performances, ce qui a été une bonne chose. Nous avons également supprimé pas mal de guitares sur les lives parce que cet album est largement plus électronique comparé aux précédents. Pour retranscrire le son en concert dont nous avions besoin, il fallait ajouter plus de claviers et d'effet de synthétiseur. Du coup, ça a changé le son de manière naturelle. Je n'ai pas eu une vision plus sombre ou autre au préalable. La nature même de l'album s'est chargée de ça.

Tu voyages énormément, pour tes tournées et pour toi-même. Tu viens d'Angleterre mais a vécu à Berlin en Allemagne pour finalement atterrir en Californie. N'as-tu pas un peu de mal à t'adapter à ton environnement à l'étranger ou crées-tu un micro-monde, légèrement à l'écart du courant culturel du pays dans lequel tu vis afin de continuer de te sentir toi-même ?
Chris : Oui, c'est exactement ça. Je pense que je peux me sentir bien n'importe où. Je me sens vraiment privilégié du fait de pouvoir bouger un peu partout, explorer différents endroits, jouir d'expériences et de cultures différentes. Je me noie dans ces différentes cultures. C'est quelque chose que j'ai toujours eu en moi, de ne jamais ressentir le besoin de m'installer. Je suis une sorte de gitan. Ma mère était déjà comme ça. J'ai toujours recherché de nouveaux points de chute, de nouvelles aventures, de nouveaux profils humains. Donc, ça me va, ça me semble naturel. Je ne ressens pas vraiment le besoin d'avoir un chez-moi. Pour moi, le foyer peut être n'importe où. C'est la raison pour laquelle je ne me suis jamais réellement installé. Pour le moment, mon chez-moi, c'est ce tour bus là-bas (pointant du doigt le tour bus garé un peu plus loin sur le parking ensablé du Cabaret Sauvage) et c'est une sensation plutôt agréable (rires). Ce soir, ma maison, c'est le Cabaret Sauvage.

Donc, ton foyer ne te manque jamais ?
Chris : Non, pas vraiment. La seule chose qui me manque un peu à l'heure actuelle, c'est mon chien qui m'attend à Los Angeles.

Qui ne voyage jamais avec toi ?
Chris : Non, non. Elle ne fait pas le voyage. Pas pour le moment.

Oh 'elle' ! C'est une femelle !
Chris : Oui et elle est merveilleuse. Elle s'appelle Paula. C'est un spitz nain. Elle est vraiment très très jolie, j'en suis en quelque sorte tombé amoureux et elle me manque énormément.

N'est-ce pas le côté gitan dont ton parles qui explique le côté tant théâtral de ta musique ?
Chris : Oui, je pense que ça y est pour quelque chose. Ma mère était une personne très émotive, avec un goût pour la féerie dont j'ai hérité ; ce côté extraverti, le goût pour le déguisement et les éléments visuels théâtraux. C'est quelque chose que j'ai toujours aimé. Cela m'aide à exprimer une autre facette de ma personnalité. Il ne s'agit pas réellement de jouer un rôle, mais davantage de s'élever à un autre niveau de ma personnalité. Nous sommes tous des êtres multidimensionnels, nous avons tous différentes facettes. J'ai eu la chance d'explorer mon côté extraverti et j'en suis assez satisfait.

Est-ce une thérapie pour toi d'explorer toutes ces facettes de ta personnalité ?
Chris : Hum, oui, un peu. La musique est une thérapie. Je pense que l'art est généralement un procédé thérapeutique. Un procédé qui peut être émotionnellement turbulent parfois mais en dépit de tout, je suis assez fier de pouvoir le faire.

Tu aimes voyager et utilises tes expériences comme source d'inspiration pour ta musique, Penses-tu que les cultures par-delà le monde sont toujours une contribution positive pour la musique et l'art en général ? Ne penses-tu pas que cela pourrait amener l'artiste et son ?uvre à perdre une part de son identité originale ? Toi, par exemple, en tant qu'artiste anglais ?
Chris : Je ne me suis jamais totalement senti lié à l'Angleterre. Mon grand-père vient des Seychelles, qui sont d'ailleurs une ancienne colonie française, n'est-ce pas ? Donc, en tant que personne de couleur, il a dû faire face aux difficultés lorsque, très jeune, il est arrivé en Angleterre où il a grandi. Par conséquent, je viens d'une famille déjà multiculturelle et les Seychelles ont probablement été l'endroit où je me suis senti le plus chez moi. L'Angleterre ? Je n'ai jamais vraiment ressenti la moindre verve patriotique envers ce pays, cela n'a jamais représenté une grande partie de moi, L'Angleterre ne me manque pas.

Sur la question du sentiment anglais (Britishness), les médias déclarent souvent que le nationalisme et patriotisme anglais n'existent pas réellement. Qu'en penses-tu, en tant que contributeur à l'art anglais ?
Chris : Je pense qu'il en existe des poches mais que les anglais sont en réalité plutôt fiers d'être anglais. Cependant, c'est davantage un sujet qui touche la classe ouvrière en Angleterre. Cela reste un sujet trivial parce que c'est un pays très multiculturel et il y a toujours eu pas mal de cultures différentes en Angleterre. C'est quelque chose de tout à fait normal pour eux et cela n'a pas besoin de se traduire dans la formation d'une identité spécifique. En réalité, l'Angleterre a en quelque sorte perdu son identité de toute façon. Mais bon, je n'ai jamais véritablement flirté avec ce genre de sujets, je ne suis pas plus politicard que ça.

Mais tu parles tout de même parfois de politique dans ton art...
Chris : J'en parle ! Je le fais d'un point de vue de l'observation et de la façon dont cela m'affecte. Je me sens concerné par les affaires politiques mais pas en tant qu'activiste politique car je ne serai jamais ouvertement activiste à propos de quoi que ce soit qui soit politique. Je suis un observateur et il est de ma responsabilité et mon devoir d'en parler sous un angle privé et non pas en tant qu'activiste car je pense qu'il serait assez hypocrite pour ma part d'en parler sous cet angle.

Mais tu ne peux nier que, d'une certaine façon, tu es un activiste à travers ton art ?
Chris : Oui, je le suis ! Mais après, c'est aux autres de décider de ce qu'ils en font.

Donc tu es davantage un activiste social que politique ?Chris : Exactement, oui !

Quelles ont été les différences que tu as relevées entre l'Angleterre, l'Allemagne et les Etats Unis ?
Chris : La positivité ! (rires) En Amérique, l'attitude est véritablement plus positive qu'en Allemagne. Les américains affichent une approche totalement différente de leur quotidien. La droiture et la franchise allemande sont également de bons points et j'ai bien fait d'en profiter lorsque j'habitais à Berlin parce qu'en tant qu'anglais, j'ai l'habitude d'être critiqué pour ma franchise...

Parce que tu te devais de mesurer tes propos ?
Chris : Oui, exactement ! Être anglais, c'est toujours mesurer ses propos tandis que les allemands sont des gens très directs ce qui est plutôt rafraîchissant en quelque sorte. Mais le temps passant, c'est devenu trop pour moi. L'attitude américaine est plus détendue et moins portée sur le jugement. Il y a plus de soutien et de compréhension envers les individualités. Il y a pas mal de phénomènes insolites en Amérique (rires) et ça paraît normal. Ce ne sont pas des gens qui jugent facilement, surtout dans les grandes villes.

Quels sont tes principaux v?ux et projets pour l'an prochain sur le plan musical ?
Chris : Je pense que nous allons continuer de promouvoir l'album et voir s'il peut trouver du répondant auprès d'autres personnes. J'aimerais bien à un moment ou un autre m'atteler à un album acoustique. Je pense que ce serait pas mal parce que bon nombre de chansons que j'écris requiert des instruments traditionnels. C'est quelque chose qui n'est encore jamais arrivé mais j'y pense depuis pas mal d'années et il serait bon de le faire dans un futur proche. A Los Angeles, j'ai une poignée d'amis qui pourrait alimenter une collaboration instrumentale électronique. Bon et après, mon vœu serait de juste mener une vie agréable !



 (c) 21 novembre 2015 pour VerdamMnis

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